Noir comme la mer

Louis Guillaume

 

© pour le poème en langue française (in Noir comme la mer, deuxième édition, L’arbre à paroles, 2002)

(précédente édition : Librairie Les Lettres, 1951 - premier des prix Max Jacob)

(ce poème figure également dans Poèmes choisis, Rougerie, 1977)

 

 

Tout ce que je ne puis te dire

à cause de tant de murs,

tout cela qui s’accumule

autour de nous dans la nuit,

il faudra bien que tu l’entendes

lorsqu’il ne restera de moi

que moi-même à tes yeux caché.

Tout ce que je ne puis te dire

et que tu repousses dans l’ombre

à force de trop désirer,

cet amour noir comme la mer

où venaient mourir les étoiles

et ce sillage de lumière

que je suivais sur ton visage,

tout ce qu’autrefois nous taisions

mais qui criait dans le silence,

tout ce que je n’ai pu te dire

le sauras-tu sur l’autre bord

quand nous dormirons bouche à bouche

dans l’éternité sans paroles ?

 

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